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Zdzisław Beksiński

C’est à Sanok, petite commune agreste du sud-est de la Pologne, que Beksinski vit le jour.

Après qu’il eut étudié l’architecture à Cracovie, il retrouva sa ville natale où il travailla pendant quelques années en tant que chef de chantiers – dût-il regimber là contre…

Commença alors à poindre son intérêt pour la photographie d’art, le photomontage, la sculpture et enfin le dessin. Tout d’abstraites, ses premières réalisations sculpturales étaient de plâtre, de métal, voire de fil de fer. En rupture abrupte de ce ton, ses photographies, en noir et blanc, relevaient sans partage du genre figuratif. S’y repèrent d’ores et déjà des thèmes qui préfigurent l’écriture à venir. Des visages affouillés, des paysages ravagés, des corps déchus s’affirment comme l’implacable grammaire qui désormais ordonnera les épisodes d’une geste en acte. A l’aide d’étranges clairs obscurs qui semblent ouvrir les portes d’un par delà de la vie, d’un expressionnisme quasi toxique, s’opèrent d’impératives hallucinations. Sur des clichés où l’outrance seule est concevable, se pressent les images de cauchemardesques poupées, génétiquement proches de celles de Hans Bellmer, aux faces à moitié arrachées. Et encore, des créatures décapitées quand elles ne sont pas momifiées sous d’irréversibles bandages.

De ces lignes de force qui irradient les prémices de son œuvre, les plus constantes sont la démonstration – la « monstration » serait plus juste – d’une fureur toute sadienne, d’un masochisme insistant et, brochant sur le tout, d’un effroi irrémédiable en face d’une mort cachée mais ubiquiste dont l’omnippotence pétrifie.

Dès 1964, Beksinski centra son activité artistique sur la seule peinture. A rebours de son travail sculptural fait d’abstractions, ses premières « huiles » ne toléraient que la figuration. Jusqu’à la fin de son existence, il devait d’ailleurs s’opiniâtrer dans ce genre.

De 1970 à environ 1990, sa création fut visitée par une inspiration fantastique où il excella ; conquis et émerveillé, le public (« Il est bien le seul » semblait ricaner la critique – selon le mot fameux de Jean Cocteau) lui a manifesté une admiration inconditionnelle…

Sa création aux dimensions mythiques, agrippée à une intuition plus intime et plus obscure que la rationalité, mettait en scène des squelettes jonchant des déserts « nucléarisés », des zombies et autres morts-vivants hagards renvoyant aux notions de sacrilège et de profanation. Y étaient délibérément bafoués le « bon goût » trop convenu, la décence et la sérénité ; Beksinski impose une vibration qui fasse corps avec la mort, la décomposition, la dégradation. Autant de stridences qui suffoquent le spectateur – le tout peint avec force détails et une stupéfiante précision.

Reste qu’étonnamment, Beksinski pensait sa peinture mal comprise, et humoristique son message. A l’en croire, ses tableaux n’étaient en rien morbides, ils se donnaient comme les instruments d’un persiflage insistant. D’où sa surprise – feinte ou réelle – que cette pierre angulaire de sa création échappât au spectateur.

Peut important ses thuriféraires désorientés, Beksinski soutenait peindre à la manière d’un artiste abstrait, visité par le seul souci de la forme, de la composition et des équilibres entre les représentations.

Cette volte acceptée, les perceptions obvies du spectateur fasciné par des paysages ininterprétables, des personnages consternants, aussi « signifiantes » seraient elles, n’eussent été rien d’autre que ce que constituent dans l’art non figuratif les cercles, les carrés, les triangles, à placer indoinement sur le rectangle de l’isorel.

Mélomane érudit, Beksinski ne pouvait peindre sans, simultanément, écouter de la musique.

Sa première grande exposition de peinture, organisée en 1964 à Varsovie par le critique d’art Janusz Bogucki, s’est avérée être un grand succès et tous les tableaux exposés ont été vendus. Au cours des années 1980, les travaux de Beksinski ont acquis une renommée internationale, d’abord en France, puis en Allemagne, en Belgique et au Japon grâce aux efforts de Piotr Dmochowski, son ami et propagateur. Celui-ci a fait plusieurs expositions du peintre, a édité plusieurs publications sur papier et a produit un film sur l’artiste (« Hommage à Beksinski »). Il a aussi créé à Paris, dans les sous-sols de sa galerie d’art, un petit « musée de Beksinski » où il exposait ses tableaux en permanence pendant les années 1989-1995, rue Quincampoix, près du Centre Pompidou.

En 1977 Beksinski a quitté Sanok et s’est installé à Varsovie. Mais avant de déménager il a brûlé plusieurs de ses tableaux dans l’arrière-cour de sa maison, hélas sans en garder de traces photographiées. Il estimait que certains de ces travaux étaient « trop personnels », pendant que d’autres étaient, selon lui, maladroits. Perfectionniste, il était capable de sacrifier plusieurs journées de travail et d’abandonner un tableau presque achevé (pour en peindre dessus un tout autre) s’il ne le trouvait pas satisfaisant.

Les années 1980 ont représenté une période transitoire dans l’art de Beksinski, qui a débouché à partir de 1990 environ sur une peinture moins colorée, réalisée sur fond plat, délaissant au bénéfice d’un style plus dépouillé, les effets d’ombres et de lumières.

Au terme des années 1990, il devait découvrir un nouveau champ d’exploration : les techniques conjuguées de la photocopie et de l’informatique. Tout en continuant donc la peinture et le dessin auquel il était revenu entre-temps, il réalisa à ce moment de nombreuses « gravures » et photomontages sur ordinateur.

D’après les explications de l’artiste, ses toiles et ses dessins procédaient de deux tendances qu’il définissait respectivement comme « baroque » et « gothique » ; la première ancrée aux représentations des sujets et à l’atmosphère était corrélée à sa période fantastique, la seconde hantée par une quête de la pure forme a précédé sa mort.

Cette même période, sur le plan personnel, lui fut infiniment éprouvante. Son épouse, Zofia, dont il était très épris décéda dans des circonstances cruelles ; un an plus tard, à la veille de Noël 1999, son fils Tomasz – présentateur à la radio – signait sa vie d’un suicide.

Homme charmant, spirituel, toujours souriant, son esprit était vif, et remarquable son intelligence. Passer en sa compagnie plusieurs heures à bavarder, de choses sérieuses ou futiles, était une grande joie pour le visiteur.

Jamais Beksinski ne quitta la Pologne, jamais il ne prit l’avion, et jamais il n’assista aux vernissages de ses expositions ; il vivait cloîtré chez lui, là où il se sentait le plus à l’aise.

Après avoir reçu 17 coups de couteau, Beksinski était retrouvé mort, le 21 février 2005, dans son appartement de Varsovie. Le fils de son factotum, Robert Kupiec, un adolescent, fut arrêté peu après. Il passera aux aveux et sera condamné à vingt-cinq années d’emprisonnement ; son complice Lukasz Kupiec à cinq. Le mobile du crime était crapuleux : selon les dires de l’assassin, Beksinski lui aurait refusé un prêt.

 

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